
Double champion du monde junior de biathlon.
« Comme souvent, ça a commencé par le plaisir et les copains. »
À 19 ans, Léo Carlier est beaucoup plus qu’un espoir. Double champion du monde junior, il incarne une génération ambitieuse et décomplexée. Du judo au biathlon, il suit ses amis et trouve sa voie : un sport fait pour lui, où le plaisir devient rapidement une vocation.
« J’ai toujours eu cette capacité à entrer dans l'effort, à accepter de souffrir pour atteindre un résultat. »
Derrière cette réussite précoce, il y a un moteur rare : une capacité à repousser ses limites avec lucidité. Le biathlon exige beaucoup. Deux entraînements par jour, un physique puissant et un travail mental constant avec son coach Pierre Cochat aussi coach exécutif chez mainPACES. Léo apprend à rester maître de lui-même dans l’intensité, à garder le geste juste quand tout brûle. Sa force ? Une maturité impressionnante pour son âge et une envie intacte de progresser.
« Il me faut cette pression pour performer, mais pas trop pour rester libre dans mes gestes. »
Ses mots clés : "force, puissance, et fluidité". Cet équilibre fait de lui un talent à suivre de très près. Léo apprivoise la pression et la transforme en performance. Déjà structuré et tourné vers le très haut niveau, il avance avec une trajectoire claire. Tout reste à écrire — et c’est là toute l’opportunité : soutenir un jeune athlète en pleine ascension, au potentiel immense, vers le plus haut niveau.
« Être écouté est aussi une contribution à la performance.»
Interview réalisée le 14 février 2026 par Thérèse Lemarchand, CEO Mainpaces.
Comme souvent, ça a commencé par le plaisir et les copains. J'ai fait du judo quand j'étais petit, puis je me suis inscrit au ski-club parce que mes amis y étaient. J'ai tout de suite aimé la première compétition — l'effort, la rivalité amicale. Je n'avais pas d'ambition de performance au départ, juste l'envie d'être là et de me dépasser.
Le biathlon est venu naturellement ensuite : mes parents regardaient les courses à la télé, j'ai acheté ma première carabine à 13 ans, et ça m'a tout de suite plu. Quelque chose dans ce sport m'a accroché — cette combinaison entre l'effort physique intense et la précision du tir. Ce n'est pas que de l'athlétisme, ce n'est pas que de l'adresse : ce sont les deux ensemble, et c'est ce qui est passionnant.
Quand j'étais petit je m’entraînais pour m'amuser, c’est ce qui me donnait envie de revenir. Mais sur la ligne de départ, même tout jeune, ce que je voulais c'était gagner. J'ai toujours eu cette capacité à entrer dans l'effort, à accepter de souffrir pour atteindre un résultat. Je ne crois pas que ce soit quelque chose qu'on apprend facilement. C'est une disposition intérieure.
Aujourd'hui je m'entraîne deux fois par jour, tous les jours ou presque, de mai à mars. Je le fais parce que ça me fait plaisir, mais aussi vraiment pour la performance. Les deux ne sont pas opposés — ils se nourrissent l'un l'autre.
Ce qui compte le plus profondément pour moi est de me donner à 100% le jour J — d'être content de moi, quelle que soit ma place. Ce n'est pas une contrainte, c'est une façon d'être.
Mon point fort naturel est le tir. La transition entre l'effort intense et la concentration ne m'a jamais posé de problème. Là où j'avais plus de mal, c'était en ski, en fin de saison. Après 20 départs, tu es fatigué, tu peux en avoir assez, et tu perds ta qualité de présence. Tu ralentis alors que tu pourrais continuer — non pas parce que le corps ne suit plus, mais parce que le mental décroche.
Avec Pierre nous avons travaillé l'activation avant la course, pour arriver dans les meilleures conditions mentales possibles même quand la saison est longue. Ces secondes perdues par manque de présence, j'imagine que c'est quelque chose que les entrepreneurs connaissent bien aussi, ce moment où tu n'es plus vraiment là dans ce que tu fais.
Nous avons également travaillé sur quelques mots simples que je peux me dire pendant la course quand ça devient dur : force, puissance et fluidité. Quand j'y pense, ça m'aide à rester dans ma course, à ne pas forcer inutilement, à rester dans le bon état. C'est un ancrage utile.
Ce que j'attends le plus de mes coachs, c'est d'être écouté. Quand ça va moins bien, quand j'en ai assez, j’ai besoin de savoir qu'elles vont adapter mon entraînement, ajuster ce qui est prévu pour que ça me convienne mieux et que je retrouve du plaisir. C'est ça qui fait la différence. Être écouté est aussi une contribution à la performance.
Mes parents et mon petit frère sont essentiels pour moi. Ils sont présents sur quasiment toutes mes courses. C'est quelque chose que je ne prends pas pour acquis — avoir des gens qui te suivent vraiment, qui font le déplacement, qui vivent l'aventure avec toi. Ça m'aide, et pas seulement au niveau émotionnel. Savoir qu'ils sont là me permet d'être encore plus libre dans ma course.
« Être écouté est aussi une contribution à la performance.»
Je suis quelqu'un de plutôt calme de nature. Quand j'arrive au pas de tir, je ralentis physiquement, je me recentre. Je ne pense ni à ce qui vient de se passer en ski ni à ce qui va se passer dans 40 secondes. Je suis juste là, dans ce moment. Je suis serein.
Tout le monde met les balles à l'entraînement. La différence en course, c'est être présent à 100% malgré l'essoufflement, la pression et l'enjeu. Si tu es là, tu tires bien. Si tu n'es pas là, les balles s'en vont.

Je me mets de la pression, c'est inévitable. Aux championnats du monde, ça serait étrange de ne pas en ressentir. Mais elle ne m'a jamais fait rater une course. Je sais que je me suis bien entraîné, je fais confiance à mon travail.
La pression est pour moi un signal positif. Elle me dit que l'enjeu compte, que je suis prêt à m'engager. Ce qui est important de ne pas laisser cette pression basculer dans quelque chose qui te sabote. J'ai un bon équilibre là-dessus. Il me faut cette pression pour performer, mais pas trop pour rester libre dans mes gestes.

C'est très précieux, parce que ça rend la chose concrète. Tu vois que tu es derrière eux, mais tu vois aussi que l'écart n'est pas astronomique. Je sais que si je continue à travailler, à progresser année après année, je peux y arriver. Ce n'est pas une illusion, c'est une projection réaliste. Et ça donne une énergie différente. À mon âge, Quentin était probablement dans une dynamique proche de la mienne, et ça, c'est très motivant.
Une saison de biathlon coûte cher. Entre les cotisations, le matériel pour tous les sports pratiqués hors ski (entrainements d’été), les stages et les balles, on arrive facilement à 15.000 euros par an. Sans soutien extérieur, ce serait presque impossible. On n'a pas la possibilité de travailler : de début mai à fin mars, on s'entraîne à plein régime — ski-roue, vélo, course à pied, natation.
Côté matériel, je suis déjà bien couvert par mes partenaires et la dotation de l'équipe de France. Ce que je recherche, c'est donc principalement un soutien financier.
Ce que j’apporte en échange est de la visibilité sur mes bandeaux, ma carabine et les réseaux sociaux, avec la possibilité de passer en mécénat sportif — déductible à 66% des impôts.
Mais le sponsoring est surtout une aventure partagée. Mes sponsors viennent sur les courses, suivent la saison de près, font partie du projet. Ce n'est pas juste un logo — c'est une histoire qu'on construit ensemble, jusqu'aux prochains Jeux Olympiques en France peut-être.
« Ce n'est pas une illusion, c'est une projection réaliste. »
Ce qui me frappe dans ce que je vis, c'est que les défis peuvent être assez proches. Vous aussi, vous avez un projet qui commence à zéro et que vous faites grandir. Vous aussi, vous traversez des périodes de fatigue, de doute, où vous avez moins envie de vous engager à fond.
Croyez en vous et donnez le maximum possible. Peut-être que ça marchera et peut-être que ce sera difficile, mais le plus important est de croire en soi.
C'est souvent une question de présence. C'est ce sur quoi je travaille chaque jour. Et c'est, je crois, ce qui fait la différence sur la durée.
Je crois alors que tout est possible.


Propos recueillis par Thérèse Lemarchand.