De la raison d'être à la raison d'agir, interview de Caroline Pailloux

Caroline Pailloux est la fondatrice d'Ignition Program. Son approche du recrutement est basée sur une expertise RH éprouvée et outillée, qui renforce l’alignement des individus avec les organisations.

Pour Caroline, " l’épanouissement personnel et la réussite économique peuvent devenir des leviers pour accompagner un changement profond au service de missions plus collectives et utiles à tous."

Dans cette interview, Caroline évoque le déclic qui lui a permis de monter son entreprise, ses valeurs, ses motivations, ce qui lui donne de l'énergie au quotidien. Depuis le milieu des ressources humaines, Caroline observe les mutations du monde du travail, notamment dans les startups, et nous en livre sa lecture. Elle développe également sa vision du management, du leadership et de l'entrepreneuriat.

Interview réalisée le 21/04/2023 par Thérèse Lemarchand, CEO Mainpaces

L'étincelle qui fait naître un projet professionnel en accord avec ses propres valeurs

Bonjour Caroline, tu as 41 ans, tu es CEO et fondatrice d’Ignition Program dont tu vas bientôt fêter les 10 ans, mère de 4 garçons, et nous avons également la chance de t’avoir au Conseil Scientifique de Mainpaces, peux-tu nous parler des pivots clés qui t’ont amenée là ?

Je me rappelle un moment important où à 8 ans je me suis dit en quelque sorte que le bonheur se décide, et qu’il faut s’en donner les moyens. Je pense que ça a conditionné le projet que je fais aujourd’hui.

J’ai eu l’envie de travailler dans l’hôtellerie, je trouvais que cela développait une attention à mettre en place ce qui permet à des personnes d’être heureux dans un espace donné, en particulier via le beau. Je me suis lancée dans cette voie, et j’ai fait du conseil et un MBA en hôtellerie. J’y ai découvert pleins d’éléments qui ne me convenaient pas, et en particulier une forme d’organisation très processée et « militaire » du secteur. J’ai réalisé que l’on pouvait rêver sur quelque chose, et se tromper sur ce que cela pouvait nous apporter, et j’ai pu pivoter pour aller vers quelque chose qui me convenait mieux.

Le besoin fondamental de liberté qui s’est exprimé à ce moment-là a participé au fait que l’on ait aujourd’hui un management plutôt libéré chez Ignition Program.

J’ai continué à monter en compétences dans le conseil, et rêver d’un futur dans lequel je pourrais être actrice, et un jour un ami m’a partagé un projet américain – Venture For America. Ça a créé l’étincelle à l’origine d’Ignition Program. L’idée forte était de s’adresser aux talents, et de leur ouvrir un accès à ce qui est essentiel pour se faire une vie professionnelle riche, comme une nouvelle forme de compagnonnage, avec

  • un job dans lequel ils s’épanouiront en termes d’équipe et de contenu – nous facilitons leur recrutement
  • de la formation pour progresser, se mettre à niveau
  • un vrai réseau de personnes qui les font grandir et qu’ils font grandir, avec de la récurrence et des rituels. Aujourd’hui notre réseau B to C s’est bien développé, mais on peut faire encore plus. Notre réseau B to B, qui est incarné à travers le Club Bootstrap est très fort, et repose sur un socle commun de valeurs qui permet aux membres de créer des liens communs affectifs qui sont faciles à entretenir. Il faut qu’il y ait du plaisir !

Et en y repensant, le fait que j’aie eu 2 enfants a été déterminant pour me lancer à monter ma boite. C’est la responsabilité la plus importante qui soit ! Cela a généré beaucoup de confiance en moi, et m’a ouvert cette capacité à agir seule, que je n’avais pas eue auparavant.

Caroline Pailloux, qu’est-ce qui te donne de l’énergie dans ton quotidien d’entrepreneuse ?

Sans hésiter, tout d’abord le Fun et mon équipe !

Lucas mon associé a dans ses missions de vie de rire et de s’amuser. Moi c’est dans mon caractère. Notre rencontre a été déterminante, à lui plus moi nous sommes une équipe de joyeux drilles, et on s’amuse. Mon moteur permanent pour Ignition est de proposer une expérience de travail à mes collaborateurs qui soit épanouissante et source de joie.

Ce qui nourrit mon énergie sont toujours des moments avec des gens clés, avec mon bébé, mes enfants ou mon mari, avec un entrepreneur avec qui j’ai une vraie discussion. Ces moments de partage avec des gens qui me sont chers ou avec lesquels se crée une connexion me donnent une énergie fondamentale. Je travaille avec beaucoup de gens qui ont besoin de grandir, et moi aussi. Ce sont des échanges qui me stimulent.

Cette semaine par exemple j’avais une énergie de dingue, j’ai peu dormi mais ça allait. Je sais très bien qu’à l’origine de cela est cette séance de coaching que nous avons fait avec Lucas. Nous prenons tous les deux mois un temps de recul et d’alignement pour notre relation d’associés, c’est un booster formidable pour tous les deux.

Je suis une empathique au sens du modèle Process communication. Il y a un lien entre le rapport aux autres, et l’énergie dans le soin de moi. Je suis très sensitive. Nager, prendre le soleil, faire des massages et me reconnecter à moi-même, me régénèrent.

Qu’est-ce que tu as eu de plus difficile à dépasser dans toute cette partie de carrière ?

La première fois que j’ai vu souffrir dans l’entreprise, par ma faute, quelqu’un pour qui j’avais énormément d’amitié, a été le deuil le plus gros à faire. Cela a ancré dans ma chair que même dans un cadre attentivement posé pour être plus heureux il peut y avoir de la souffrance. J’ai compris également que chacun portait sa part de l’écharpe. Je le savais en théorie, mais là je l’ai imprimé, et j’ai réalisé qu’il y avait des moments où cela ne m’appartenait pas de le décider. C’est malheureux, mais ça ne me détruit pas, alors qu’une entreprise dans laquelle tout le monde s’ennuierait un peu serait pour moi impossible à vivre.

Nos missions de vie sont toutes issues d’un pattern où l’on essaye de sauver quelque chose, d’atteindre quelque chose, de prouver quelque chose, et qui nous poussent à mettre en place des stratégies plus ou moins conscientes. J’ai été confrontée très jeune à des enjeux de dépression très proches de moi qui m’ont amenée à cette quête de bonheur. Je sais maintenant que même dans l’espace dans lequel j’ai le plus de contrôle il y avait une forme de deuil à faire. C’est très sain, cela m’a obligé à passer à l’étape d’après.

Progresser grâce au coaching, selon Caroline Pailloux

Tu as fait récemment un parcours de coaching Mainpaces, qu’est-ce qu’il t’a apporté d’essentiel ?

Ce que je trouve de tout à fait remarquable chez Mainpaces est ce lien corps – esprit. Il existe beaucoup de disciplines qui permettent de progresser, et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver tout seul. Ce qui est particulièrement efficace et percutant ici est de les utiliser dans une unité de temps au profit du même objectif. Je l’ai vécu, c’est extrêmement puissant. J’ai par ailleurs découvert des disciplines que je ne connaissais pas, et j’ai été bluffée par certaines séances.

Enfin, j’ai fait un apprentissage un peu personnel dans mon parcours. J’avais un sujet qui me préoccupait particulièrement, mais qui ne me paraissait pas relié à mes enjeux professionnels. Mon coach m’a posé la question de la façon dont je le gèrerais si c’était pro. J’ai pu le regarder différemment, et trouver une solution pour résoudre cette situation qui ne me convenait pas, qui en l’occurrence est passée par l’utilisation de l’écrit.

On a résolu ce problème spécifique, et cela m’a donné énormément de perspectives sur les interférences entre le pro et le perso, d’un côté sur la façon dont je pouvais compliquer des interactions personnelles, et côté pro pour mieux percevoir une zone de force et une zone de faiblesse, et m’appuyer sur mes forces.

Le travail en mutation : impact, quête de sens et générations

Tu es au cœur de l’évolution des organisations professionnelles depuis 10 ans à travers les besoins RH qu’elles expriment, comment les as-tu vu évoluer … ?

Pendant 50 ans il y a eu une grosse vague de fond qui reposait sur « je vais travailler parce qu’il faut et c’est mon rôle dans la société ». Il y avait beaucoup de « il faut que ». Et puis il s’est opéré une espèce de retournement avec une montée de l’individualisme, et une quête de bonheur personnel qui prenait le pas sur le reste.

Je crois que l’on commence à se rendre compte que le travail ne peut pas y répondre dans l’absolu, si on n’y réinsère pas notre utilité pour la société. On commence à se demander comment on peut être utile à quelque chose qui est important pour nous. C’est la mutation qui est en train de se passer, c’est une lame de fonds que je ressens très fort. Elle se traduit dans cette « quête de sens », et dans la volonté d’avoir de l’impact. C'est ce qu'on appelle le fairfillment [1] chez ignition program, passer de la raison d’être à la raison d’agir, du fulfillment (épanouissement strictement individuel) au fairfillment (épanouissement au service d’une mission collective plus large et juste).

Avoir de l’impact est très large, et touche toutes les tailles d’entreprises. Penser le monde et sa propre contribution en termes durables doit permettre de remettre en perspective le rôle que nous avons à jouer dans tout ça, et me ré-enthousiasme.

Est-ce que tu as l’impression que les esprits sont plus ouverts sur les manières de travailler, et vois-tu une sorte de paix entre les générations se dessiner entre des formes d’autorités dépassées et un jeunisme angélique ?

En période de crise il y a une synchronisation des besoins entre les jeunes et les plus âgés sur les besoins sociaux primaires : le salaire, la perspective d’évolution, l’équipe.

Les jeunes au début de leur carrière professionnelle ont de gros enjeux. Ils ont besoin d’être accompagnés, d’avoir un cadre et du temps pour progresser. L’individualisme dont on parlait, associé à une certaine culture du zapping ne le permet pas. Il faut en moyenne 3 à 5 ans pour se créer un socle de compétences sur un poste.

On a eu également des mouvements de balanciers, la startup nation, avec une sur-valorisation des personnes qui avaient plutôt la trentaine. Recruter et manager des gens plus expérimentés qu’eux a été une étape de vie compliquée qui a généré une fracture assez forte.

Aujourd’hui c’est encore difficile dans le monde du digital et des startups et scale-ups de recruter des personnes qui ont plus de 40 ans. Pour les plus de 50 ans c’est vraiment très compliqué. Notre enjeu est d’expliciter ce que quelqu’un de plus expérimenté et de plus cher apporte, et en conséquence de faire les bonnes fiches de poste pour ces personnes-là, dans un monde qui évolue très vite.

On peut avoir les mêmes objectifs, mais pas forcément le même dispositif. Pour prendre un exemple, dans un dispositif marketing qui a 3 postes ouverts, on peut être amené à proposer quelque chose qui pourrait être plus efficace sur 2 postes, avec une personne expérimentée et une personne plus jeune.

On se tourne également vers des formats avec des CDI à temps très partiel, parfois une demi-journée par semaine dans une entreprise, sur des axes qui demandent des prises de décisions fortes comme la trajectoire, ou le management de projet. Pour développer des certitudes, il faut de l’expérience professionnelles et avoir vécu beaucoup de situations. C’est l’atout des plus âgés pour les jeunes, ils répondent à cette angoisse du lendemain et ce besoin de boule de cristal. Ils leur montrent que l’on peut agir sans faire une quantité d’études et hyper-rationnaliser. Certains chiffres sont utiles et d’autres non. L’expérience vécue développe des repères, des croyances, qui permettent d’avancer plus vite et de ne pas changer d’opinion tout le temps. D’ailleurs le coaching est également utile pour cela, pour mieux discerner, comprendre ce qui se joue, s’autoriser et décider.

Caroline Pailloux: management, leadership et entrepreneuriat

Qu’attends-tu de tes collaborateurs ? 

J’attends d’eux qu’ils soient utiles par leur travail au monde et à eux-mêmes, et qu’en termes d’état d’esprit ils aient de la légèreté dans la profondeur. Qu’ils soient à la fois capables de la plus grande légèreté, et du plus grand alignement sur la compréhension de ce qu’ils sont, de ce sur quoi ils interagissent, en développant la connaissance de soi et de l’autre, du respect et une forme de connexion.

J’aime créer des tribus, je ne peux pas le forcer, mais au fond je n’ai embauché que des gens pour qui c’est important et qui savent le faire.

Et pour les entrepreneurs, quelles sont aujourd’hui les qualités essentielles pour toi pour développer un leadership éclairé ?

Pour les entrepreneurs, ce qui compte c’est une colonne vertébrale extrêmement alignée et solide sur sa mission, y compris dans ses grains de folie. Toutes les boites que je vois qui fonctionnent bien créent quelque chose qui est un peu disruptif et vécu comme tel par l’entrepreneur pour qui c’est impératif, il faut que ça existe. Il y a forcément un peu de folie là-dedans, s’il n’y avait que de la logique et du rationnel, il y aurait déjà du monde dessus.

Pour moi, quand tu crées une offre il faut qu’il y ait des gens qui te disent que ça ne sera pas possible. Il y a quelque chose de dissonant par rapport à la logique, mais de totalement censé, intégré, et vertical pour l’entrepreneur. Si on reprend l’exemple d’Ignition et de ses communautés, tout le monde m’avait dit que ce n’était pas rationnel, que c’était extrêmement difficiles à monter... et néanmoins le succès d’Ignition program repose en partie là-dessus. Idem pour les entretiens trop longs ! En théorie c’est une improductivité majeure, en pratique ça fait qu’on existe, le reste les autres le font déjà.

Il s’agit de bien comprendre dans son irrationnel ce qui fait partie de sa colonne vertébrale et ce qui n’en fait pas partie, ce qui est vraiment essentiel et ce qui l’est moins. Le premier on arrivera à le transmettre. Le reste il faut savoir le lâcher, et savoir distinguer pourquoi on s’accroche.

Quel est le dernier message que tu voudrais passer à ceux qui nous lisent ?

Une fois que j’ai été lancée, un coach m’a dit « tu es comme Christophe Colomb, tu n’as plus assez de vivres pour faire marche arrière, donc profite de la croisière ». Profitez-bien !


[1] https://www.journaldunet.com/web-tech/start-up/1518397-les-startups-doivent-passer-de-la-raison-d-etre-a-la-raison-d-agir/

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