
Comment fait-on avec des vérités alternatives ? Plus on les dénonce, plus on les renforce. L'authenticité est nécessaire mais pas suffisante, il faut de la méthode.
C’est l’enjeu de la communication en temps de "guerre", et malheureusement les temps actuels nous invitent à nous y préparer.
Vérités alternatives : retrouvez ci-dessous 6 conseils pour sortir de la crise.
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Une Vérité alternative, est "un terme paradoxal parce qu'une vérité, si elle est alternative, elle n'est pas une vérité." nous indique la philosophe Gloria Origgi
Une vérité alternative est une construction mentale dans laquelle l’expérience compte plus que les preuves. Les faits sont alors considérés sur la base d'une expérience subjective, émotionnelle, plutôt que sur la base de preuves - c’est ce qu’on appelle également la post-vérité.
Elle est bien difficile à contrer : nous pouvons constater qu’il pleut (fait) puis changer d’avis s’il ne pleut plus (autre fait). Alors que si nous croyons que la Terre est plate parce que c’est notre expérience (notre horizon est plat) ou que les vaccins servent à injecter des puces 5G (c’est notre angoisse), nous allons chercher autour de nous des informations confirmant cette croyance et nous allons trouver ces informations chez les personnes qui pensent comme nous, parce que ça leur plait ou que ça les arrange de penser ainsi.
Le biais cognitif est connu, c’est le biais de confirmation. Le principe de proximité l'aggrave — ce que dit un proche est perçu comme bien plus crédible que ce que dit un expert lointain, aussi rigoureux soit-il. L’exploitation de ce biais est tout aussi connue : les réseaux sociaux l’ont transformé en industrie. Les bulles de filtre alimentées par les algorithmes nous servent en continu les contenus qui confirment nos croyances. Et la boucle que la boucle se referme sur elle-même au fil des scrolls sur nos smartphones.
Les vérités alternatives ne sont pas de simples erreurs de raisonnement. Ce sont des armes de destruction. On le voit chaque jour en géopolitique. Dans l'univers économique, une entreprise peut fermer sur une rumeur. Cette absence de rationalité nous désempare d'autant plus qu'on ne fait souvent que l'alimenter en la dénonçant : l'enquête fait le coupable, tout le monde devient justicier. Les chambres d’écho amplifient la rumeur et l’accélèrent sur des millions de personnes. Le cerveau préfère le spectaculaire à la réalité, le sensationnel à la nuance des faits.
Les vérités alternatives peuvent également prendre la forme d’anticatastases : “ figures de style permettant de présenter une réalité de manière inversée, souvent pour créer un effet ironique ou humoristique “ Ces anticatastases imposent des vérités alternatives par audace et répétition, plutôt que par le mensonge, qui cherche à dissimuler. Elles méprisent la réalité en la niant, jouent sur la perception, les croyances, la crédulité des personnes ciblées — et s'imposent par audace et répétition, jusqu'à ce que l'inversion devienne le récit dominant.
"Les vérités alternatives ne sont pas de simples erreurs de raisonnement. Ce sont des armes de destruction."
Nommer pour mieux combattre
Pourquoi ces termes savants (anticatastase, réactance, biais de confirmation) ? Pour nous permettre de nommer les choses. C'est identifier la nature exacte de son adversaire avant d'entrer dans l'arène.
En coaching, nous savons que nous ne pouvons déloger frontalement de la tête des bénéficiaires des croyances limitantes solidement ancrées. Il faut d'abord l'épouser, la questionner de l'intérieur, éclairer ses implicites et ses angles morts, avant de proposer un recadrage dans la vision du monde de l'autre.
Les dirigeants subissant des réalités alternatives qui les freinent ou les empêchent dans leur développement peuvent être tentés de faire la même chose. Sauf que les personnes qui alimentent les réalités alternatives ne sont pas en coaching. Elles n’ont aucune intention de changer d’avis. Plus l’entreprise manœuvre pour tenter de questionner ces réalités, plus leurs porteurs s'y accrochent — c'est le le principe de réactance qui, en psychologie, définit ce mécanisme de défense qui nous motive à défendre un sentiment de liberté face à la menace perçue.
Si l'on tente de les contrer en rappelant les faits, on s'expose immédiatement à la réponse la plus frustrante qui soit : « Vous êtes libres de penser ce que vous voulez. Nous, nous savons que la réalité est autre. »
La première erreur, et la plus fréquente, est de se tromper d'adversaire. Vous faites face à une violente campagne de dénigrement. Vous décidez de rétablir les faits, de dénoncer le mensonge — sauf que ce n'est pas un mensonge : c'est une anticatastase. En entrant sur ce terrain, vous lui offrez exactement ce dont elle a besoin : de la visibilité, de la légitimité, et un contradicteur qui prouve qu'il y a quelque chose à contredire.
Face aux rumeurs, plus on dénonce, plus on alimente. Les arguments rationnels ne pèsent pas lourd face aux croyances irrationnelles — ce n'est pas une question d'intelligence, c'est une question de mécanique cognitive.
Alors, que faire ? Les solutions dépendent toujours du contexte, mais quelques grands principes s'imposent :
Face aux rumeurs, plus on dénonce, plus on alimente.
1. Nommer ce à quoi on a affaire. Rumeur, vérité alternative, anticatastase — l'identification précise conditionne toute la réponse. On ne combat pas de la même façon un mensonge classique et une réalité inversée assumée.
2. S'entourer immédiatement de professionnels. Décoder les enjeux, cartographier les acteurs, anticiper les dynamiques : ce travail ne s'improvise pas sous pression. C’est une expertise.
3. Trois fois sur quatre : ne pas réagir. C'est la stratégie du « Don't feed the monster ». Tant que la défense n'est pas construite, il ne s'est officiellement rien passé. Pour communiquer, il faut être deux — laisser les chiens aboyer seuls prive la rumeur de son carburant. Gagner du temps, demander les preuves, piloter la réponse plutôt que la subir.
4. Livrer une bataille à armes égales. Parfois, combattre l'irrationnel par de l'irrationnel est la seule voie efficace : développer une stratégie qui noie les vérités alternatives dans un flot d'autres récits, jusqu'à ce qu'elles perdent leur singularité. Après tout, comme le train est le moyen de transport le plus polluant au monde, ma grand-mère est aussi plus jeune que ma mère (c'est prouvé par le transhumanisme inversé), l'ADN n'existe pas puisque nous ne le voyons pas à l'œil nu, et les fraises sont aussi bleues que les marguerites sont noires et vertes.
5. Se faire accompagner personnellement en coaching. Traverser une crise de ce type est, par nature, profondément désagréable. Un coaching individuel externe augmente significativement les chances de ne pas commettre d'erreurs irréparables — et de transformer une période de turbulences en source d'apprentissage. La dernière chose à faire est de « péter les plombs » : cela jette immédiatement un discrédit sur celui qui craque, et vient nourrir le système qu'il cherche à combattre. Ce n'est pas personnel. Il faut prendre du recul — et savoir qu'une telle crise prendra toujours plusieurs mois, pendant lesquels une majorité de personnes, pour des raisons qui leur appartiennent, aura de bonnes raisons de vous lâcher.
6. Faire de la prévention : Avant la crise, de préférence — ou une fois qu'elle est passée. Simuler des crises, les travailler comme une deuxième nature : c'est toute la valeur également de la préparation mentale. Les dirigeants doivent prendre conscience dans lequel nous vivons est celui du risque permanent, plus accentué et plus multiple qu'il ne l'a jamais été. Il faut s’y préparer.Les situations les plus outrancières semblent toujours improbables — jusqu'au moment où elles arrivent. Chaque personne un peu connue est une cible potentielle, et l’explosion des cyber-attaques le montre. En 2026, un dirigeant aguerri est une personne qui a construit, avant la tempête, sa capacité à prendre du recul et à réagir avec lucidité.
Fabrice Daverio et Thérèse Lemarchand
→ Vous traversez une situation de ce type — parlons-en.
Face aux vérités alternatives, la réponse frontale ne fonctionne pas. Voici ce qui fonctionne.
🛡️ Prévenir — Simuler avant que la crise arrive.
🔍 Nommer — Rumeur, anticatastase, réactance : identifier son adversaire conditionne tout.
🤝 S'entourer — Ça ne s'improvise pas sous pression.
🤫 Ne pas réagir — Trois fois sur quatre. Priver la rumeur de son carburant.
⚔️ Riposter à armes égales — Noyer les vérités alternatives dans d'autres récits.
🧭 Se faire accompagner — Éviter les erreurs irréparables. Ne pas craquer.
